Wax Paradoxe

Wax Paradoxe a été un très belle découverte. Un livre avec de belles illustrations, de jolies couleurs vives… J’ai été emporté par cette jolie histoire, à la fois touchante et sensible.

Une histoire qui touche dès les premières pages

Le livre nous raconte l’histoire de Sophia, une jeune femme belgo-congolaise de 22 ans, étudiante en design textile. Ce roman graphique aborde avec douceur et profondeur les questions d’identité, de transmission, de famille et de double culture. Sophia entretient une relation distante avec son père, qui vit en République démocratique du Congo et qu’elle voit rarement. À chacun de ses retours, il lui rapporte du pagne en wax, comme une manière de maintenir un lien avec elle malgré l’absence. Mais pour Sophia, ce tissu ne représente pas immédiatement un cadeau précieux. Il ravive plutôt une distance, une relation incomplète, peut-être même une part d’elle-même qu’elle ne sait pas encore comment accueillir. Tout commence véritablement lorsqu’un cours l’amène à travailler sur la thématique du wax. Ce sujet, qu’elle n’a pas choisi, devient pourtant le point de départ d’un cheminement intérieur. En cherchant à comprendre l’histoire de ce tissu, Sophia commence aussi à questionner sa propre histoire. Le wax n’est alors plus seulement un motif, une matière ou un symbole culturel, mais il devient un miroir.

Grandir entre deux héritages

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce récit, c’est la manière dont Justine Sow montre que la connaissance de soi passe parfois par des détours inattendus. On pense chercher des informations sur un tissu, sur son origine, sur sa place dans l’imaginaire africain et diasporique. En réalité, on finit par toucher à quelque chose de bien plus personnel : la mémoire et les relations familiales, les blessures discrètes, et les questions que l’on garde parfois pour soi. Sophia avance avec une part d’elle-même qu’elle ne comprend pas encore totalement. Quand on grandit avec plusieurs cultures, plusieurs histoires qui cohabitent en soi, il peut être difficile de savoir où se situer. On peut se sentir différente dans le pays où l’on a grandi, tout en ayant parfois l’impression de ne pas être “assez” liée au pays d’origine. Pas assez congolaise, pas assez légitime, pas assez proche de la langue, des codes, des traditions ou de la mémoire familiale. Ce tiraillement, beaucoup de personnes issues de la diaspora peuvent le ressentir. Il ne s’agit pas seulement d’une question de nationalité ou d’origine. C’est quelque chose de plus profond : le besoin de comprendre ce qui nous compose, même lorsque certaines parties de notre histoire ont été transmises de manière incomplète, silencieuse ou douloureuse.

Nos blessures façonnent aussi nos choix

Un passage du livre m’a particulièrement marquée, lorsque Sophia se demande pourquoi elle ne sort qu’avec des hommes blancs : est-ce parce qu’elle les trouve beaux, parce qu’elle cherche à se sentir intégrée dans son propre pays, parce qu’ils ne ressemblent pas à son père, ou tout cela à la fois ? Cette réflexion est forte, parce qu’elle montre que nos choix, nos attirances, nos distances ou nos préférences peuvent parfois être liés à des choses plus anciennes, plus enfouies, que l’on n’a pas encore pris le temps d’interroger. Wax Paradoxe est plus qu’un simple récit sur le wax. C’est une histoire sur la manière dont on apprend à regarder son passé autrement, sur la possibilité de se réconcilier avec ce qui nous a manqué, sur l’importance d’accueillir ses racines, même lorsqu’elles sont liées à des relations complexes. Le wax, dans ce livre, porte à la fois la beauté, la transmission, l’absence et la reconnexion. Il devient un fil entre Sophia, son père, le Congo et elle-même.

Apprendre à habiter toutes les parts de soi

Selon moi, le message central de ce roman graphique est qu’il n’est pas nécessaire de choisir une seule part de soi pour exister pleinement. On peut être faite de plusieurs mondes, de plusieurs influences, de plusieurs questions. On peut ne pas tout comprendre de son histoire et pourtant commencer à l’habiter autrement. On peut avancer avec ses contradictions, ses manques, ses héritages et ses désirs de réparation. Wax Paradoxe est une lecture douce, accessible et profonde. Un livre qui se lit facilement, mais qui laisse derrière lui une vraie réflexion. Il invite à se demander : qu’est-ce que je n’ai pas encore osé regarder ? Et si, au lieu de rejeter certaines parts de moi, j’apprenais doucement à les accueillir ? Parce que parfois, se connaître commence par là : accepter que notre identité ne soit pas un bloc figé, mais un tissu vivant, composé de fils visibles et invisibles, de couleurs héritées, de motifs choisis, de zones d’ombre et de lumière. C’est peut-être dans cet assemblage-là que l’on finit, peu à peu, par se retrouver.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Rejoins l'univers KIPEMIA.
Une newsletter mensuelle pour les femmes : lectures, rituels et inspirations livrés avec douceur.
S'inscrire