
Des Nivek, il y en a partout
Quand la fiction rejoint la réalité
On pourrait penser que ce livre raconte une histoire, mais en réalité, il raconte une situation qui existe déjà, et que j’ai déjà vue.
Cet ouvrage m’a bouleversée, mais il m’a aussi laissé un goût amer, parce qu’il n’y a pas de happy end. Depuis maintenant 10 ans, je suis engagée auprès d’enfants en situation de rue en RDC. D’une certaine manière, j’étais “contente” de voir un ouvrage comme celui-ci exister. Contente de voir que des histoires comme celles que j’ai pu observer sur le terrain soient racontées. Mais en même temps, cela m’a profondément attristée, car ce n’est pas une réalité isolée. C’est une réalité qui existe depuis longtemps, et dans de nombreux pays : Syrie, Soudan, Nigeria, Rwanda, Guinée-Bissau, Tchad, Brésil, Sénégal… RDC. C’est d’ailleurs en RDC que j’ai rencontré ces enfants pour la première fois. Depuis, je m’efforce de porter leur voix, et de sensibiliser à leur situation au travers notamment de l’association Les Anges Écoliers que j’ai fondé il y a 10 ans maintenant.
Nivek, et tous les enfants que l’on ne voit pas
Le ciel dans la tête, c’est l’histoire de Nivek, un jeune garçon d’à peine 12 ans, qui travaille dans une mine à l’Est de la RDC. On suit son parcours, avec cette idée qu’il pourrait, peut-être, accéder à une vie meilleure. Mais ce bonheur, Nivek ne l’atteindra jamais, et c’est ce qui est le plus triste dans l’histoire. Parce que des Nivek, il y en a partout dans le monde. Des enfants enrôlés comme enfants soldats, forcés à travailler dans des mines, arrachés à leurs familles, ou parfois rejetés par ces dernières.
Derrière les blessures, une force immense
Aujourd’hui encore, malgré la signature de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) par de nombreux pays, beaucoup d’enfants ne jouissent pas de leurs droits, et cela a des conséquences profondes sur leur vie. L’idée de cet article n’est pas de faire un exposé, mais simplement de rappeler une chose : des enfants comme Nivek existent vraiment. Des enfants avec des traumatismes lourds, parfois plus lourds que ce que l’on peut imaginer. Des traumatismes qui les marquent, et qui peuvent les détruire à petit feu. Et pourtant…Malgré tout ça, il y a quelque chose qui m’a profondément marquée chez eux, leur résilience.
Les enfants sont beaucoup plus forts qu’on ne le pense : ils pardonnent vite, ils s’adaptent vite, ils s’attachent vite. Mais surtout, ils gardent leur capacité à aimer, et ça, c’est quelque chose qui m’a profondément touchée. Malgré les difficultés, les enfants que j’ai rencontrés avaient toujours une forme de joie, et surtout, ils continuaient à rêver. Même dans des conditions extrêmement difficiles, ils n’abandonnent pas.
Ce que les enfants m’ont appris
J’ai aussi été amenée à travailler avec des enfants en tant qu’enseignante, et avec toutes ces expériences, je peux dire une chose : les enfants sont parmi les êtres les plus précieux qui existent, ce sont eux qui me l’ont appris. Je le dis à partir de ce que j’ai vu, et de ce qu’ils m’ont fait ressentir. Les enfants ont besoin d’amour, d’attention, de sécurité. C’est comme cela que l’on construit des adultes émotionnellement équilibrés. Dans le livre, on suit aussi Nivek à l’âge adulte, et on comprend une chose : personne n’a pris soin de lui enfant après avoir vécu un événement traumatisant, donc il a grandi avec ses blessures, et ce n’est pas un détail. Très souvent, les déséquilibres émotionnels que l’on observe à l’âge adulte trouvent leur origine dans l’enfance.
Des Nivek, il y en a partout
Je pense que ce livre mérite d’être lu, parce que ce n’est pas seulement une histoire, c’est une réalité. Des Nivek, il y en a partout dans le monde. En RDC, en Syrie, au Soudan…Et parfois, plus proche de nous qu’on ne l’imagine. Alors la prochaine fois que vous verrez un enfant,
regardez-le avec attention, avec douceur, avec bienveillance, et surtout, avec conscience.

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