Racines : entre identité et acceptation de soi

Avant même de lire Racines, le sujet des cheveux naturels faisait déjà écho à une partie de mon propre parcours.

Quand j’étais plus jeune, je me souviens être tombée sur la photo d’une femme afro avec des cheveux longs, naturels et volumineux. J’avais été complètement émerveillée. C’était l’une des premières fois que je voyais une femme afro porter ses cheveux ainsi, pleinement, sans les cacher ni les transformer. À ce moment-là, je me suis demandé comment faire pour avoir, moi aussi, des cheveux comme les siens.

C’est un peu à partir de là que j’ai commencé à m’intéresser à mes propres cheveux, à découvrir ma texture, à apprendre à la comprendre, puis petit à petit à l’apprécier. Avant cela, je ne portais presque jamais mes cheveux au naturel. J’avais souvent l’impression de ne pas être coiffée, et surtout, je ne voyais pas beaucoup de femmes qui me ressemblaient les porter ainsi.

C’est aussi pour cela que l’histoire de Rose, l’héroïne de Racines, m’a autant touchée.

Un récit intime sur le rapport à soi

Racines, de Lou Lubie, raconte l’histoire de Rose, une jeune femme créole à la peau claire, qui a longtemps entretenu une relation compliquée avec son apparence, et plus particulièrement avec ses cheveux naturellement bouclés.

Depuis l’enfance, Rose grandit avec un rapport compliqué à son apparence. Ses cheveux, naturellement bouclés, deviennent très tôt un sujet de questionnement, parfois même de malaise, dans un environnement où l’on ne lui apprend pas réellement à les comprendre ni à les valoriser.

Le récit suit alors les différentes étapes de sa vie : l’enfance, l’adolescence, puis l’âge adulte, en montrant l’évolution de son regard sur elle-même. Peu à peu, son rapport à ses cheveux dépasse la simple question esthétique. Il devient le reflet d’un cheminement plus profond autour de l’estime de soi, de l’identité, du manque de représentation et de l’acceptation.

Être entre deux identités

J’ai beaucoup aimé lire ce livre. Pour moi, c’est vraiment un ouvrage à découvrir absolument, notamment pour les femmes afro-descendantes, parce qu’au-delà de l’histoire de Rose, Racines met en lumière des réalités que l’on connaît, mais que l’on ne verbalise pas toujours. Il y a un passage qui m’a particulièrement marquée :

« – Mais t’es pas blanche.
 – Ben si
 – Ben non, t’es créole ! (…)
J’avais oublié (…) est-ce que je me cherchais une culture d’adoption, moi qui étais trop crépue pour être blanche, et trop blanche pour être noire ? » — Racines, Lou Lubie.

Ce passage résume à lui seul une réalité que beaucoup peuvent vivre : ce sentiment d’être entre deux identités, de ne jamais être complètement reconnue, ni d’un côté ni de l’autre. Trop d’un côté pour être de l’autre, et inversement. Il pose aussi une question importante : comment se construire quand on ne se sent pas pleinement appartenir à un seul groupe ? Et au fond, sur quoi repose notre identité ? Est-ce qu’elle dépend seulement du regard des autres ? De notre apparence ? De notre histoire familiale ? De notre culture ? Ou de tout cela à la fois ?

Selon moi, le récit montre qu’il est essentiel d’apprendre à s’accepter tel que l’on est, surtout lorsque l’on porte une identité marquée par la mixité culturelle. Le livre invite à ne pas se conformer à tout prix aux normes sociales, mais plutôt à reconnaître la valeur de sa différence, à l’habiter, et à en être fière.

Les normes de beauté imposées aux femmes afro-descendantes

J’ai aussi particulièrement apprécié ce livre parce qu’il met en lumière les normes sociétales imposées aux femmes, en particulier aux femmes afro-descendantes. À travers Rose, on comprend comment ces exigences façonnent la perception de la beauté. Les cheveux deviennent alors un lieu de tension : entre ce que l’on est naturellement, ce que l’on nous apprend à aimer, ce que l’on nous pousse parfois à cacher, et ce que l’on finit par rejeter en soi sans toujours comprendre pourquoi.

On peut facilement se reconnaître dans le personnage de Rose, notamment en tant que femme afro : les remarques sur les cheveux, le manque de modèles auxquels s’identifier, le fait de se chercher, d’expérimenter, ou encore de ressentir une forme de honte face à sa texture naturelle.

Le livre montre bien que ce parcours est souvent plus complexe pour les femmes afro-descendantes, parce qu’elles doivent parfois fournir davantage d’efforts pour être perçues comme belles, soignées, acceptables ou simplement à leur place. L’histoire ne parle pas seulement de cheveux, il parle aussi de regard social, d’héritage, d’identité et de construction de soi.

Une invitation à s’accepter pleinement

Ce que je retiens surtout, c’est que Racines est une invitation à s’accepter pleinement. À accepter son apparence, son histoire, ses origines, mais aussi toutes les parts de soi que l’on a parfois eu du mal à comprendre ou à aimer.

Le livre rappelle qu’il peut être difficile de se construire en dehors des normes dominantes, surtout quand ces normes ne nous ressemblent pas. Mais il montre aussi qu’il est possible de se réapproprier son histoire, son image et sa singularité.

Ce qui est perçu comme une différence peut devenir une force. Et se sentir belle, se sentir légitime, exister pleinement, passe aussi par ce chemin-là : apprendre à ne plus se regarder uniquement à travers les yeux des autres.

Racines est un livre riche, vraiment très riche. Il est émouvant, fort, accessible, et très bien écrit. On y apprend énormément de choses, mais surtout, il nous pousse à réfléchir à notre propre rapport à nous-mêmes.

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