Mon ressenti sur “les noires parisiennes”

Je ne connaissais pas Les Noires Parisiennes avant de tomber dessus. Et honnêtement, je ne m’attendais pas à être autant touchée. Je pensais simplement lire un roman graphique autour de l’identité, de la double culture et de l’amitié. Mais au fil des pages, j’ai eu l’impression de lire quelque chose qui résonnait beaucoup plus profondément en moi.

Zola, une héroïne entre deux mondes

Ce roman graphique raconte l’histoire de Zola Matund, une jeune femme d’origine congolaise ayant grandi en France. À travers son récit, elle partage son quotidien de femme noire parisienne, marqué par des amitiés fortes, l’amour profond qu’elle porte à sa grand-mère, ainsi que sa vie en tant que gérante d’un café littéraire. Et déjà, rien que cela m’a plu : voir une femme noire dans un univers contemporain, entourée, ambitieuse, sensible, avec une vie à elle, des rêves, des blessures…Cependant, un événement bouleversant vient soudain perturber son équilibre. À la suite de cette trahison, Zola entame un cheminement personnel intense. C’est à ce moment-là que l’on entre au cœur de l’histoire : son parcours vers une meilleure compréhension d’elle-même est mis en lumière, entre remise en question, reconstruction et quête d’identité. Ce que j’ai aimé, c’est que cette épreuve ne la réduit pas. Au contraire, elle devient un point de bascule. Zola découvre en elle une force insoupçonnée, une capacité à se reconstruire et à affirmer pleinement qui elle est.

Entre deux cultures, entre deux regards

Ce qui m’a le plus marquée dans ce livre, c’est la question de l’identité. Je me suis retrouvée dans certains aspects du personnage de Zola, notamment dans ce fait d’être entre deux cultures, et de ne pas toujours se sentir pleinement à sa place. C’est quelque chose de difficile à expliquer, mais que le livre arrive à mettre en lumière de manière très juste. Il y a d’ailleurs un passage qui m’a particulièrement touché : “Je me sens autant française que congolaise. Mon nom n’est-il pas assez africain ? Mon physique n’est-il pas celui de n’importe quelle femme de ma région ? Pourquoi un seul papier peut attester de mon africanisme quand tout en Occident me désigne comme étrangère ?” — Les Noires Parisiennes, Nicholle Kobi. Est-ce que, comme moi, vous vous êtes déjà sentie dans cette position d’entre-deux ? Celle où l’on vous appelle “la Française” lorsque vous partez dans votre pays d’origine, tandis qu’en France, on vous rappelle sans cesse vos origines ? Ce passage résume à lui seul tout un vécu. Il met en lumière ce sentiment de ne jamais être complètement reconnu, ni ici, ni ailleurs. Elle pose aussi une vraie question : sur quoi se construit l’identité ? Est-ce un papier, un regard extérieur, une origine, un pays, une langue, ou ce que l’on ressent profondément ? Et au fond, qui décide de qui l’on est ? Qui décide de notre légitimité ?

Se relever sans se perdre

Selon moi, ce livre montre qu’il est possible de se relever, même après une trahison profonde. La trahison vécue par Zola ne constitue pas seulement une épreuve douloureuse, mais un véritable tournant dans son parcours. Elle agit comme un déclencheur qui la pousse à se remettre en question, à redéfinir ses priorités et à s’autoriser à rêver plus grand. Le livre met en lumière une transformation intérieure : la douleur devient une force, et la vulnérabilité un levier pour évoluer et s’émanciper. Ce que je retiens surtout, c’est que l’on peut passer par des phases de doute sans être perdue.

Entre racines, femmes et savoir-faire

La partie se déroulant en RDC m’a également beaucoup marquée. Elle illustre une forte reconnexion de Zola à ses racines. Le travail collectif entre les femmes du village et Zola est particulièrement émouvant : il met en valeur la force, la solidarité et l’influence des femmes, encore trop souvent sous-estimées. Cela m’a aussi fait réfléchir à quelque chose de plus large : dans de nombreux groupes ethniques en RDC, les femmes ont historiquement occupé une place centrale dans la société, que ce soit dans la transmission, l’organisation sociale ou la vie économique. Cette représentation dans le livre ne sort donc pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une continuité. Et elle rappelle à quel point leur rôle reste essentiel aujourd’hui, dans toutes les sociétés. Cette dimension souligne aussi l’importance de la transmission et de la valorisation du savoir-faire africain, dans une dynamique de solidarité et de reconnaissance.

Pourquoi ce livre m’a autant touchée

Ce livre est une véritable ode aux femmes noires ayant grandi entre deux cultures. À travers le personnage de Zola, Nicholle Kobi met en lumière les défis liés à la construction de soi lorsque l’on évolue entre héritage culturel et société occidentale. À travers cette transformation, Zola apprend à mieux se connaître, à affirmer pleinement son identité de femme noire parisienne et à se détacher du regard et de la validation des autres.

J’ai vraiment aimé ce récit. Pas seulement parce qu’il parle d’identité, mais parce qu’il le fait à travers une héroïne vivante, sensible, forte, parfois vulnérable, mais jamais figée dans la douleur. Une héroïne noire contemporaine, qui cherche sa place, qui se relève, qui se reconnecte à ses racines et qui apprend à s’autoriser à être pleinement elle-même. C’est peut-être pour cela que ce livre m’a autant touchée : parce qu’il met des mots et des images sur une expérience que l’on voit encore trop peu dans les livres. Celle d’une femme noire ayant grandi entre deux cultures, et qui apprend progressivement à ne plus attendre qu’on valide son identité pour l’habiter pleinement.

 

 

 

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